Témoignage de Bernard

Vie Libre Gironde

On me demande souvent de parler de mon problème d’alcool, alors oui, je suis moi-même un blessé de la vie et je suis tellement content de m’en être sorti que je souhaite, en toutes occasions, partager cette joie.

Pendant de nombreuses années, je me suis alcoolisé. Tout a commencé à l’armée, et pour « faire comme les autres », je buvais avec eux. Comme beaucoup de personnes qui, consomment un peu trop, je pensais bien sûr que je gérai, que je pouvais m’arrêter quand et comme je le voulais ! Je n’avais rien compris ou plutôt je n’y connaissais rien.

Bref, j’étais un alcoolique comme on dit. Cela a duré une vingtaine d’année et pendant cette période, j’ai eu la veine de ne pas avoir d’ennuis avec mon travail, pas de problèmes avec ma famille, pas d’accident etc. Cependant un jour ma femme m’a « imposé » d’aller voir une association. Et pour reprendre quelques lignes d’un livre du Père Duval, je me disais : « qu’est ce que des alcooliques vont raconter à un alcoolique……. ? Des histoires d’alcooliques » Eh bien non. J’ai entendu des gens qui parlaient de leur parcours, de leur souffrance et qui employaient le mot MALADIE. A partir de là, on réagit d’une manière différente. J’étais donc malade ! Pas évident de l’accepter, ce n’est jamais par plaisir que l’on découvre que l’on est malade. Mais pourtant, une fois que l’on a eu ce « DECLIC » on peut penser à des soins !

J’ai été hospitalisé pendant une dizaine de jours. Heureusement, il n’y avait pas trop de dégâts. Mais une fois sevré de ce produit, c’est là que tout commence ! Quant on est hospitalisé, on est dans un cocon, bien à l’abri, mais une fois dehors, on retrouve son cadre de vie, ses habitudes…

Afin de conforter cette décision et ces soins, je fréquente toujours cette association d’anciens malades, Vie Libre. Cela permet de parler de ses difficultés, de ses doutes avec des personnes qui sont passées par là et qui vous écoutent. Au cours des rencontres hebdomadaires, on accueille des gens qui se cherchent, qui hésitent, d’autres qui ont fait cette démarche de soins, d’autres qui éprouvent des difficultés dans l’abstinence, enfin toutes les étapes vers la guérison. Ces rencontres sont nécessaires, il faut en parler sans peur du jugement, sans crainte, car demain, la personne à qui vous vous confiez, aura peut-être besoin d’aide à son tour.

Si l’aide médicale est nécessaire pendant quelques jours, cela ne suffit pas pour sortir de cette dépendance. Une anecdote pour confirmer la nécessité de l’aide d’une association :  il m’arrive souvent de rencontrer le médecin qui m’a soigné à l’époque. Un soir, je le remerciais de m’avoir soigné. Il m’a répondu, « c’est vous qui vous êtes soigné ».

Une fois que j’ai été guéri de mon problème d’alcool, j’avais du temps pour moi, et on dit souvent que dans la guérison de notre maladie, les autres profitent de notre guérison plus tard ! Je suis à la retraite, j’ai donc plus de temps disponible (en principe) pour aller vers les autres. Pendant 13 ans, j’ai effectué des visites à la Maison d’arrêt de Gradignan. Je dois avouer que je ne savais pas où j’allais, mais l’action carcérale est une activité de notre mouvement. Elle est la continuité de notre chartre : aider les personnes en difficultés. Il ne faut que j’oublie que j’ai eu de la chance dans ma maladie, et de ne pas avoir commis l’irréparable ! J’aurais pu être moi aussi derrière les barreaux.

Assez philosophé !  Tout ceci pour dire que grâce aux amis de l’association, j’ai pu m’en sortir sans trop de dégât !  Je voudrais revenir sur un point ! Quand quelqu’un guérit on lui dit « bravo, formidable, etc. », mais on oublie l’entourage, qui l’a accompagné, conforté, et qui a souffert également pendant de nombreuses années !!

Ma famille n’a pas explosé, et je disais au début que « poussé par ma femme je me suis fait soigner ». Comme lorsque je parlais du médecin qui m’a aidé, j’ai entendu ma femme, mais je suis devenu, avec le soutien autour de moi, acteur du soin, de ma guérison. Alors merci a eux de m’avoir supporté, accompagné, encouragé, pendant ces années.

Avant de conclure, je voudrais vous citer une parole entendue lors d’un Conseil National : « J’ai eu besoin de Vie Libre une fois, maintenant Vie Libre a besoin de moi tous les jours ».

Malgré des nombreuses difficultés, cela vaut le coup d’essayer Je crois en l’homme, car sinon, je ne ferais pas cette démarche.

Excusez-moi, si j’ai été long, mais 37 ans d’abstinence ou plutôt de guérison, ça marque et ça vaut le coup.

Benard